UN MONDE POUR LES GENS
Richard Falk
Richard Falk, des Etats-Unis, est professeur de droit international à lUniversité de Princeton ; il enseigne depuis 1961. Il a récemment fait partie de la Commission mondiale indépendante sur les océans, et il a participé au projet de la ville de Valence et de lUNESCO sur le prochain millenium. Son ouvrage, « Law in an Emerging Global Village » (La loi et lémergence du village global ) a été publié à la fin de 1998. (Pour plus de détails, voir www.un.org
www.globalactionpw.org
www.wws.princeton.edu/~rfalk/papers/cv.html
Javais toujours eu une prédilection pour ces minutes passées avec ma fille de huit ans, Rabinda, et son frère plus jeune, Eduardo, juste après avoir éteint la lumière pour la nuit. Cest alors que nous pratiquions ensemble une sorte de magie : ou bien je leur lisais à la lampe électrique un peu dun conte merveilleux dautrefois ou alors jinventais quelque histoire étrange, improbable en plein jour et cependant tout à fait crédible dans cette demi-obscurité si pleine de confiance et démerveillement respectueux. Je ne quittais jamais la chambre avant que les deux enfants ne se soient endormis, et jétais fier de la rapidité avec laquelle le sommeil les prenait.
Cest ainsi quun soir, comme je me disposais à poursuivre la longue saga dune heureuse famille de dragons que javais inventée jour après jour, Rabinda souleva sa tête de loreiller et dit « Papa, nous adorons tes histoires, mais ce soir nous avons une question grave et nous ne pourrons pas dormir tant que tu ny auras pas répondu. » « Bon », répondis-je, cachant ma déception parce que jétais particulièrement content de ma tranche dhistoire suivante sur les dragons, « quest-ce que cest ? » Eduardo se chargea de la formuler : « Je ne sais pas très bien, mais ça a à voir avec toute la guerre et la violence quon voit tous les soirs à la télé. » Rabinda ajouta calmement : « Ce que nous voulons vraiment savoir, cest si ce serait possible davoir un monde en paix où il ny a pas de faim et où ceux qui gouvernent ne maltraitent pas leur propre population. » Je poussai un énorme soupir.
Et je dis, aussi patiemment que possible : « Jessaierai, mais demain. Retournons aux dragons pour le moment. »
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